C’est la crise !
Ouvrir la réflexion, être réactif et préparer l’action, voilà le triple objectif de la FSU 13, quand elle organise promptement un débat public sur la crise, le 22 octobre. Ses différents aspects sont éclairés par quatre intervenants : Bernard Morel, économiste et géographe, Gilbert Orsoni, professeur de droit spécialiste des finances publiques, Daniel Rallet, professeur de SES, membre de l’Institut de la FSU et Jean-Paul Beauquier, professeur d’histoire et ancien secrétaire général de la FSU 13.
En effet la crise, financière au départ, va avoir des implications économiques et sociales. Et si une crise est un moment de doutes, elle ouvre aussi une période de mouvement.
"On est rentré dans une économie de casino"
Pour Bernard Morel, "la crise est extrêmement grave et durable". Elle sanctionne le développement d’une "économie de casino", reposant sur une épargne virtuelle et sur le financement d’investissements de long terme par la rentabilisation de fonds à court terme.
Elle se déclinera localement, à Marseille par exemple : tourisme et immobilier menacés par une baisse de la demande ; risque de retrait des investissements urbains, dans la rue de la République et sur le Vieux Port. Mais l’issue pourrait être la municipalisation pour (r)établir un logement populaire.
On voit qu’il est question, face à la crise, de changement(s) de politique(s).
"Un budget déjà en retard en septembre"
Gilbert Orsoni critique la politique budgétaire : le projet de budget 2009, certes caduque, était "déjà en retard par rapport à la situation que l’on connaissait en septembre".
Pourtant le gouvernement continue de se baser sur des hypothèses de croissance (1% maintenant) et donc de recettes fiscales, exagérées. Prévoir une croissance presque nulle ou une légère récession serait réaliste. Cela équivaudrait à 20 milliards d’euros de recettes en moins… Qui font écho aux 15 milliards perdus à cause du paquet fiscal, "qui a ligoté la capacité d’intervention par des marges de manœuvre budgétaires".
Difficile de savoir quelles solutions prévoit le pouvoir en place, qui utilise la crise en disant qu’"il faut aller plus loin dans les réformes", comme le rappelle Gilbert Orsoni.
"De la communication politique pour faire avancer des politiques"
D’un point de vue strictement économique, d’après l’intervention de Bernard Morel, les crises de 1929 et de 2008 diffèrent, celle de 1929 étant avant tout une crise de la productivité et de sous-consommation. Mais le parallèle avec 1929 éclaire le rapport entre le politique, l’économique et le social, si l’on suit Jean-Paul Beauquier.
Il souligne des similitudes dans les politiques menées avant les crises : fiscalité injuste ; répartition du revenu privilégiant l’actionnariat au détriment des salariés. Puis il en vient aux conséquences sociales de la crise de 1929, sur l’emploi et sur le syndicalisme américains, tandis qu’en France, l’événement suscitait peu de réactions…
Et quand Sarkozy parle aujourd’hui d’une crise des valeurs du capitalisme et non du système lui-même, il faut y voir "de la communication politique pour faire avancer des politiques"… lancées avant la crise, de la RGPP à un budget de régression.
Ou comment appeler les syndicats à saisir la crise comme opportunité de transformation.
"La bulle idéologique éclate aussi"
En effet, Bernard Morel a insisté sur l’idée que la crise est aussi idéologique, remettant en cause la vision jusque là dominante du progrès et de l’économie de marché.
Daniel Rallet revient sur cet aspect : la "bulle idéologique éclate aussi". "Faire en sorte que les salariés entrent dans le film", tel est l’enjeu pour le syndicalisme, non pas en jouant la carte de la victimisation mais en passant à l’offensive, à propos des salaires, de l’emploi ou des retraites et de la protection sociale.
Des sujets qui imposeraient le débat sur l’action publique et le contrôle citoyen (usagers et salariés) de cette action, sur la fiscalité ou sur la réorientation de l’UE.
Revendiquer en s’appuyant sur des alternatives nécessaires et possibles
Les réflexions de l’assistance touchent à ce qui sous-tend notre action : le travail théorique, le rapport au politique, le rôle particulier de la FSU au sujet des services publics, la nécessité de l’action publique et en même temps des interrogations sur les capacités d’intervention des Etats.
Les pistes évoquées par les intervenants montrent que nous pouvons nous appuyer sur des alternatives crédibles. Les Etats peuvent mener des relances ciblées et une relance globale serait envisageable au niveau européen. Daniel Rallet explique en outre que certains choix sont avant tout politiques et non budgétaires, comme la privatisation ou non de la poste, l’organisation du financement de la protection sociale (par l’épargne personnelle ou par la solidarité) et des services publics. Or "la crise modifie la donne" et nous met "en meilleure position pour gagner".
Octobre 2008