Les Bouches-du-Rhône à la rencontre de la crise
Premiers enseignements, locaux et nationaux, à tirer de la crise. Aucun territoire ne pouvant y échapper, la crise en cours, considérable, touche aussi les Bouches-du-Rhône.
Certes, notre département possède d’indéniables atouts. Le développement original d’une aire urbaine active, vaste et dense, polarisée par les deux agglomérations (certes d’inégale importance), de Marseille et Aix, est à la fois la preuve et le facteur d’une vraie dynamique. Mais le tissu économique des Bouches-du-Rhône n’est structurellement pas aussi solide et équilibré que celui des régions parisienne ou lyonnaise, par exemple. En outre, 20% de la population du département vit en dessous du seuil de pauvreté.
Réaction au niveau départemental
Dans ce contexte, les répercussions de la crise inquiètent. Si l’on suit les données du Conseil général, fin 2008 déjà, les signes ne manquaient pas : chute de 25 à 30 % de l’activité dans le BTP, baisses de production annoncées par plusieurs grands groupes présents à Fos… Indirectement, les sous-traitants étaient touchés et le nombre d’intérimaires serait passé de 5000 à 4000 de septembre à décembre 2008. Conséquences sociales immédiates : le développement du chômage partiel et l’aggravation de la précarité.
Le Conseil général, en même temps que ces chiffres, affichait lors du vote du budget 2009, la volonté de lancer un "plan anti-crise". Le chiffre symbolique d’un milliard d’euros est alors mis en avant.
Environ la moitié de ce milliard s’inscrivant dans une politique continue de soutien à l’activité, c’est en fait un plan de 500 millions, étalé sur 5 ans et non pour 2009 uniquement, qui s’apparente à une forme de relance locale. Ce montant devrait se diviser en deux moitiés, l’une pour le département, l’autre pour la Communauté Urbaine de Marseille, et financer des projets concernant les routes, les transports, le logement et le cadre de vie.
Selon le président du Conseil général, il s’agit de démontrer que "la réponse à la crise, c’est l’investissement" (www.cg13.fr). Un tel mot d’ordre ne doit pas faire oublier que cette réponse passe aussi par le soutien à la consommation et par la garantie d’une protection sociale forte. Mais il est vrai que ces domaines relèvent essentiellement de la responsabilité du chef de l’Etat et du gouvernement, non des collectivités territoriales. Il faut par ailleurs savoir de quelle façon l’on compte stimuler l’investissement.
La nécessité d’une véritable relance nationale
Une véritable "relance" devrait signifier relance de la demande (globale), qui est constituée par la consommation des individus et l’investissement (consommation par les entreprises de biens de production).
Il faut alors rappeler l’indigence du pseudo plan, annoncé le 4 décembre par le Président de la République et voté en janvier par le Parlement.
D’après l’économiste J. Généreux, par exemple, particulièrement critique à son sujet, sur les 26 milliards de dépense prévus, déjà très insuffisants, seuls 5 à 7 milliards constitueraient un investissement public nouveau, tout le reste étant en fait des avances de trésorerie aux entreprises ou de dépenses déjà prévues. Soit 0,25 à 0,35% du PIB pour la "relance" en France. En outre, selon lui, la plus grande partie (70%) de la consommation, si elle était favorisée, bénéficierait aux entreprises françaises. Et celles qui exportent profiteront également des relances faites chez les partenaires commerciaux de la France. Voilà de véritables moyens, à l’échelle nationale, pour encourager l’investissement.
Pourtant, pour la majorité au pouvoir, le "plan Sarkozy" permettrait de soutenir l’activité, alors qu’un effort généralisé pour le pouvoir d’achat, solution d’emblée écartée, irait à la consommation de produits importés. Malgré la crise, la politique économique de la France resterait fondée davantage sur l’offre – dans la continuité du "paquet fiscal" – que sur la demande (investissement et consommation).
C’est ce que sont venues confirmer les annonces supplémentaires que le Président de la République a été contraint de faire, avec, dès le 5 février, l’idée de supprimer la taxe professionnelle et de jouer sur des baisses de l’IRPP, l’impôt pourtant le plus juste. Puis le 18 février, avec l’exposé de mesures sociales totalisant 2,6 milliards d’euros, il est resté très loin des attentes sociales et des nécessités économiques. Il a encore utilisé la crise pour justifier l’offensive contre les services et l’emploi publics.
Mais le mouvement syndical, par le succès de l’action du 29 janvier, puis par l’annonce du 19 mars, a rendu incontournables les problèmes du pouvoir d’achat et de la nature de l’intervention publique.
La place des services et de l’emploi publics
Une crise est en même temps une période de remise en cause et de transformation. En l’occurrence, une vraie relance et un vrai retour de l’Etat sont indispensables. Le soutien annoncé, dans notre département, à des activités de service, n’illustre-t-il pas dans quelle direction la crise impose, en partie, d’aller ?
Chacun sait par exemple que les transports constituent un des gros points faibles des Bouches-du-Rhône : principaux axes routiers et autoroutiers engorgés, réseaux de trains et de bus mal coordonnés d’une ville à l’autre, etc. Cela nuit à la vie des usagers comme à celle des entreprises, réduit l’aisance des déplacements liés au travail et donc le bassin de main d’œuvre des entreprises qui veulent s’implanter dans le département.
La question des services est bien essentielle : en soi créateurs d’activités utiles, répondant à une demande immédiate, ils sont aussi indispensables pour créer un environnement économique attractif et viable. Plus généralement, le besoin croissant de services (transport, loisirs, éducation, santé, services aux entreprises…) est une tendance lourde des sociétés des pays riches. La crise doit être l’occasion de réhabiliter l’action et les investissements de la puissance publique, dans ce domaine en particulier.
Ainsi, comme la protection sociale, les services et l’emploi publics n’ont pas qu’un rôle d’"amortisseur" de la crise, ce que doivent reconnaître ceux-là mêmes qui ont tout fait pour les réduire. Dans le cadre des "régimes d’Etat providence", sous des formes diverses, ils ont orienté les structures de l’économie et de l’emploi, autant qu’ils ont servi d’outils de redistribution et de cohésion sociale.
Après des années de désengagement de l’Etat de l’économie et de décentralisation, la vraie question qui ressurgit est double. Entre l’Etat, les entreprises et le marché, quelles institutions sont les mieux à même de faire face, selon les situations, à la croissance tendancielle des besoins en services ? Comment doit s’articuler le rapport entre l’Etat central et les collectivités territoriales ?
Il faut donc se féliciter d’une part, que la défense du service et de l’emploi publics ait constitué un des axes fondamentaux de l’appel à l’action du 29 janvier et de son succès, d’autre part, que la FSU, au niveau national comme au niveau départemental, y ait essentiellement contribué, tout en travaillant à la convergence des luttes, sur le fond comme dans les formes. C’est sur ces bases que nous devons préparer la mobilisation du 19 mars.
Effets d’annonces à Marseille ?
Le vendredi 30 janvier, Patrick Devedjian était en visite à Marseille, en tant que ministre chargé de la relance… qui n’existe pas vraiment, comme l’ont confirmé ses annonces d’alors, bien faibles et " habillant " des projets antérieurs à la crise. Pour l’essentiel (La Provence, 30/01), 7,5 millions d’euros seront alloués pour le port de Fos-Marseille et 6 millions supplémentaires pour le Mucem (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée). A propos de cette opération, le gouvernement ne ferait qu’honorer des engagements déjà pris, selon le Président de Région, Michel Vauzelle (Les Echos, 02/02).
Coups de projecteurs
Du local…
A Fos, sur un site employant 3400 salariés, le groupe Arcelor Mittal a arrêté la production d’un de ses hauts-fourneaux depuis décembre. Sa reprise est incertaine. Sur place, les salariés sont mobilisés, à l’initiative notamment de la CGT : rassemblement à Istres (devant la sous-préfecture) le 27 novembre ; blocage des accès à l’usine le 23 janvier, journée de chômage partiel sur le site ; participation aux cortèges du 29 janvier à Marseille…
Au national…
Selon une étude BVA, publiée le 18 février, juste avant l’allocution télévisée de N. Sarkozy, 60% des sondés jugeaient la politique économique du gouvernement mauvaise. 57% considéraient que les mesures pour lutter contre la crise n’allaient pas dans le bon sens. Le lendemain, après l’allocution présidentielle, une étude CSA établissait cette fois que 60% des sondés estimaient que les mesures sociales et fiscales annoncées n’étaient pas efficaces… et que 62% apportaient leur " soutien " ou leur " sympathie " à la journée d’action prévue le 19 mars.
Et au global
Aux Etats-Unis, le plan de relance adopté le 13 février, à l’instigation du Président Obama, s’élève à 787 milliards de dollars, soit environ 5% du PIB : 15 ou 20 fois plus que les dépenses réellement nouvelles prévues dans le plan Sarkozy voté en janvier. Il comprend 287 milliards d’allègements fiscaux, essentiellement pour les classes moyennes et populaires ou les petites entreprises, 500 milliards de dépenses en faveur des infrastructures, de la santé, de l’éducation, des sciences, des énergies propres.
Dossier février/mars 2009