
Pôle emploi, le grand bazar ?
Le personnel qui reçoit au quotidien les victimes de plus en plus nombreuses de la crise vit un véritable malaise au même moment où se réalise la fusion des ASSEDIC et de l’ANPE dans le Pôle Emploi. Avec un deuxième trimestre 2009 qui s’annonce terrible en terme de chômage dans notre région, notre exigence syndicale est de mettre Pôle Emploi en état de répondre au défi qui se présente.
Les derniers chiffres officiels du chômage indiquent que, pour la seule catégorie A des chômeurs (la catégorie A regroupe les chômeurs tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi), la région PACA compte 211 480 chômeurs, soit une augmentation de plus de 13% sur un an.
Ce sont des données fournies pour janvier 2009 par Pôle Emploi, qui souhaite par ailleurs publier, seul, les chiffres mensuels du chômage, ce qui donne lieu à un bras de fer avec le ministère du travail qui, jusqu’à présent, bien seul lui, assurait cette publication avec l’aval de l’INSEE.
Une fusion d’emblée contestée…
Cette forte hausse du chômage intervient au moment où le top départ de la fusion des ASSEDIC et de l’ANPE vient d’être donné, pour constituer ce Pôle emploi. Au moment aussi où le gouvernement va publier au J.O. l’arrêté d’agrément de la convention d’assurance chômage, négociée au sein de l’UNEDIC (qui fédère au niveau national le réseau des ASSEDIC), entre le patronat et les organisations syndicales, mais signée par la seule CFDT. C’est cette convention qui définit les cotisations des entreprises et des salariés ainsi que la durée et le montant de l’indemnisation des chômeurs.
L’union entre l’ANPE (20 000 salariés environ) et les ASSEDIC (12 000 à 13 000 salariés) se fait dans la douleur et la contestation. Elle a été "saluée" par plusieurs mouvements de grève unitaire des personnels, inquiets sur leur avenir, leurs missions et leurs métiers, qui sont différents aux ASSEDIC et à l’ANPE.
D’autant plus qu’au rythme de croissance actuel, on peut s’attendre, au niveau national, à plus d’un million de chômeurs supplémentaires à la fin de l’année.
confrontée au risque d’explosion du chômage
La région PACA et les Bouches-du-Rhône ne sont évidemment pas épargnées. L’une des dernières victimes en date est la réparation navale marseillaise, mais de nombreuses très petites entreprises licencient également. Nous connaissons actuellement une croissance du chômage issue du fait que les CDD et les intérimaires ont fait fonction de premier cercle d’adaptation des entreprises. Les offres d’emplois recueillies ont baissé de 30%. Le deuxième trimestre devrait être terrible, les noyaux durs des salariés ayant 12 à 20 ans d’ancienneté risquant cette fois d’être touchés.
Ainsi, la poursuite de la fusion à marche forcée, pour des raisons d’affichage politicien, rend la situation dramatique et explosive. Pour PACA 9 500 dossiers d’ouverture de droits sont en attente. La Convention UNEDIC se révèle totalement décalée et inadaptée, car négociée sur des bases de baisse du chômage et de création d’emplois. Avec, en outre, un MEDEF tellement "stratégique" que sa seule obsession pendant la négociation a été la baisse des cotisations à l’été (puisque l’UNEDIC selon ses prévisions allait être bénéficiaire).
Dans ce contexte, lourd de menaces et de contraintes pour les chômeurs d’abord, mais aussi pour les salariés des deux structures, notre intervention syndicale a été centrée autour d’une exigence : mettre Pôle emploi en état de répondre à ce double défi comme un vrai service public, en situation de démontrer son utilité sociale envers les centaines de milliers d’usagers.
Déception des usagers, malaise des personnels
Le personnel qui reçoit au quotidien les victimes toujours plus nombreuses de la crise vit un véritable malaise. Il est pris entre les exigences naturelles des usagers, qui ont cru que Pôle Emploi allait leur simplifier la vie et être plus efficace, et une situation extrêmement douloureuse : chaque salarié de nos institutions, maîtrisant son métier et mobilisant sa capacité d’expertise, se retrouve obligé de dire "je ne sais pas" face aux usagers.
Cela démontre à la fois la nécessité absolue d’un moratoire et celle également d’un plan d’urgence immédiat. Il faut d’abord chercher à imposer un plan de réorganisation général pour placer Pôle emploi en face de ses responsabilités, en tant que service public, dans une situation de crise.
Il nous faut également élaborer d’autres mesures plus ambitieuses pour l’emploi, ainsi que les syndicats le réclament, de manière unitaire, à l’occasion des journées nationales d’action.
Il est en même temps essentiel de revendiquer l’abrogation de la loi et des décrets sur le contrôle des chômeurs (dont l’offre " raisonnable " d’emploi et les sanctions qui lui sont assorties), l’abrogation de la circulaire Hortefeux de contrôle des immigrés, l’abandon du Suivi Mensuel Personnalisé des demandeurs d’emploi (qui de facto est inadaptée pour les modes de réception aujourd’hui), et l’arrêt des plates-formes téléphoniques, pompes à refouler les chômeurs vers les services payants, ce qui est un comble.
Pour les personnels et les usagers, (même) le journal La Tribune, le 11 mars dernier, a résumé la situation en titrant un article sur Pôle Emploi "le grand Bazar !".
Pôle Emploi : premières élections professionnelles
La constitution de Pôle Emploi nécessite l’organisation de nouvelles élections professionnelles, qui devraient se dérouler en juin 2009. La FSU sera représentée par le SNU-TEFI, qui regroupe des personnels de Pôle Emploi, du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Cohésion sociale, des Réseaux insertion. Lors des dernières élections professionnelles propres à l’ANPE, en janvier 2008, le SNU-TEFI avait confirmé sa place de n°1, recueillant 27,2% des suffrages. A l’issue des élections de Pôle Emploi, même après la fusion ANPE et UNEDIC/ASSEDIC, la représentativité du SNU-TEFI, au coude à coude avec FO, devrait apparaître incontournable. Toutes les organisations seront confrontées aux nouvelles règles de reconnaissance de la représentativité, exigeant d’atteindre un score d’au moins 10%. Et il semblerait que le paysage syndical de Pôle Emploi se trouve changé, l’UNSA, la CFTC, SUD et le SNAP (syndicat autonome de l’ANPE) risquant d’être condamnés par ces règles.
Coups de projecteurs
De quelques données sociales de fond...
PACA est la 3ème région de France pour le PIB… mais aussi pour le taux de chômage : 8,6% selon l’INSEE au 3ème trimestre 2008 (7,2% dans l’ensemble de la France métropolitaine). PACA est en outre marquée par de fortes disparités territoriales. D’après des données de Pôle Emploi, fin septembre 2008, la zone d’emploi de Marseille-Aubagne, par exemple, restait parmi les 8 zones connaissant les taux de chômage les plus élevés de France.
A un bilan 2008 déjà lourd…
L’année 2008 a été difficile pour l’économie de PACA (comme pour l’économie nationale), se soldant par un faible taux de croissance (1%). Le ralentissement a notamment touché les industries, le BTP et, à cause de la stagnation ou de la baisse du pouvoir d’achat, le service et les commerces de détail.
Et à des perspectives qui s’aggravent.
En janvier (2009), en PACA, les sorties de Pôle Emploi ont connu un net repli (28371 personnes, soit 12% de sorties en moins, en évolution annuelle), alors que les inscriptions ont fortement augmenté (+2,6% en évolution annuelle, soit 37696 nouvelles inscriptions). Cette situation s’explique essentiellement par la hausse des licenciements économiques et des fins de missions. Et la crise, ici comme ailleurs, est sans doute loin d’être finie… (cf. "Conjonctures" n°95, DRTEFP-PACA).
Dossier avril/mai 2009